À Foxborough, sous le ciel clair du Gillette Stadium, la Norvège a retrouvé la scène mondiale qu’elle avait quittée il y a près de trois décennies. Face à une Irak revenue elle aussi d’un long exil, les Scandinaves se sont imposés 4-1, dans un match d’ouverture du groupe I qui a révélé bien plus que de simples forces physiques. Erling Haaland, pour sa première apparition en Coupe du monde, a inscrit un doublé qui porte la marque de sa dévorante efficacité, mêlant instinct pur et opportunisme cruel.
Dès les premières minutes, on percevait chez les Norvégiens cette urgence née d’années d’attente. La génération dorée, bâtie autour de Martin Ødegaard et du prodige de Manchester City, entendait poser son empreinte sans tarder. À la 29e minute, Antonio Nusa et David Møller Wolfe combinaient sur le flanc gauche. Le centre tendu du latéral trouvait Haaland au second poteau, qui, d’un geste précis, ouvrait le score. Un but simple en apparence, mais chargé de symbole : le « Cyborg » entrait enfin dans l’histoire du tournoi avec la sélection qui l’a vu naître.
Pourtant, l’Irak ne s’est pas inclinée sans résistance. Les Lions de Mésopotamie, organisés avec vaillance, ont exploité un contre fulgurant à la 39e minute. Amir Al-Ammari centrait parfaitement pour Aymen Hussein, dont la tête puissante égalisait. Ce but incarnait la résilience d’une nation dont le football reste lié à des décennies de reconstruction, un moment de pure émotion qui a fait vibrer la diaspora présente dans les travées. Pour quelques instants, l’équilibre semblait possible face à la puissance nordique.
La réponse norvégienne fut presque immédiate et cruelle. Quatre minutes plus tard, une relance approximative de Jalal Hassan dans ses six mètres ricochait sur Haaland, qui voyait le ballon finir au fond. Deux à un à la pause. Ce but, fruit d’une erreur irakienne, soulignait aussi la pression constante exercée par les attaquants scandinaves. Haaland, en une mi-temps, rejoignait les légendes de la sélection, rappelant que son talent transcende les contextes.
Au retour des vestiaires, Ståle Solbakken a fait preuve de clairvoyance en injectant du sang frais, notamment avec Leo Østigård. La Norvège a alors géré son avance avec une maturité nouvelle, fruit d’un travail collectif discret ces dernières années. À la 76e minute, sur corner de Ødegaard, Østigård s’élevait pour placer une tête imparable. Trois à un. Le match basculait définitivement, même si l’Irak continua de lutter avec dignité jusqu’au bout. En toute fin de rencontre, un centre de Haaland provoquait un malheureux but contre son camp d’Hussein, scellant le 4-1 final.
Cette victoire s’inscrit dans une trame plus large. La Norvège, absente depuis 1998, signe un retour réussi grâce à un mélange rare de talent individuel et de cohésion d’équipe. Haaland n’est pas seul : Ødegaard orchestre, Nusa percute, Berge équilibre. Derrière la star se cache un projet collectif patiemment construit, loin des projecteurs. Pour l’Irak, de retour après quarante ans, la soirée offre des motifs de fierté – la combativité de Hussein, la capacité à créer des situations dangereuses – mais expose aussi les limites face à une adversité supérieure en profondeur et en intensité.
Dans le groupe I, où la France a également gagné plus tôt, cette performance place les Vikings en tête à la différence de buts. Elle pose surtout les bases d’une campagne ambitieuse. La route vers les huitièmes reste semée d’embûches, avec le Sénégal et les Bleus en ligne de mire, mais ce premier succès installe un climat de confiance.
Au-delà des chiffres, ce match renvoie à des dynamiques plus profondes : deux nations, deux histoires contrastées, unies le temps d’une soirée sur une pelouse américaine. Haaland, par son efficacité clinique, a rappelé que le football reste un théâtre où l’individuel sert le collectif. La Norvège a montré qu’elle était prête à écrire un nouveau chapitre. Reste à savoir si cette équipe, mélange d’expérience et de jeunesse, saura tenir le rythme jusqu’au bout. Dans un Mondial imprévisible, ce 4-1 n’est qu’un début, mais il a le goût d’une promesse.
