L’autorité de régulation du cyberespace de Shanghai vient d’officialiser l’enregistrement de l’assistant vocal de Tesla, désormais propulsé par un modèle d’intelligence artificielle générative. Cette homologation s’inscrit dans un mouvement plus large des autorités chinoises pour encadrer cette technologie naissante, le constructeur américain figurant parmi 158 fonctionnalités ayant récemment franchi ce cap réglementaire. L’enjeu est colossal pour le fabricant de véhicules électriques qui cherche à consolider ses parts de marché en Chine. Face à une clientèle particulièrement technophile et à des constructeurs locaux qui multiplient les offres embarquées, l’entreprise doit s’adapter rapidement. Des fuites dans la presse l’année dernière évoquaient déjà une intégration imminente des technologies de DeepSeek et de Doubao, l’IA de ByteDance, pour optimiser les commandes vocales de ses modèles et contrer la concurrence chinoise.
Le FSD autorisé en Europe, un catalyseur boursier
Cette accélération logicielle en Asie s’avère d’autant plus stratégique que le système de conduite entièrement autonome (FSD) de la marque attend toujours le feu vert pour être déployé sur les routes chinoises. L’Europe, en revanche, vient de céder. La semaine dernière, les autorités néerlandaises ont accordé leur approbation réglementaire au système FSD, une première historique sur le continent. L’annonce a eu l’effet d’un électrochoc en bourse, propulsant l’action de près de 15 % et mettant un terme à huit semaines de baisse consécutives, selon les données de MarketSurge. Ce fort rebond a également profité d’une embellie globale des marchés financiers, galvanisés par l’imminence d’un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran pour la réouverture du détroit d’Ormuz. L’euphorie s’est toutefois légèrement dissipée ce lundi, le titre ayant cédé un peu plus de 2 % pour clôturer à 392,43 dollars, repassant ainsi sous sa moyenne mobile à 200 jours.
Des ventes en hausse, mais une trésorerie sous pression
Ces remous boursiers précèdent la présentation des résultats du premier trimestre, prévue ce mercredi après la clôture. Tesla aborde cette échéance sur le fil du rasoir, entre l’amorce d’un redressement commercial et une lourde phase de reconstruction interne. D’un côté, les indicateurs de ventes reprennent des couleurs après les performances décevantes de l’an dernier. Le consensus FactSet table sur un chiffre d’affaires en progression de 15 %, pour atteindre 22,264 milliards de dollars, tandis que le bénéfice ajusté par action grimperait de 33 % à 36 cents. La situation financière révèle cependant une dynamique nettement plus coûteuse.
Pour la première fois depuis deux ans, le constructeur devrait afficher des flux de trésorerie négatifs, avec une perte estimée à 1,45 milliard de dollars. Cette hémorragie s’explique par des investissements massifs dans les nouvelles technologies, avec des dépenses en capital prévues à hauteur de 20 milliards de dollars pour l’année. Les factures ne s’arrêteront d’ailleurs pas là. Vaibhav Taneja, le directeur financier, avait précisé aux investisseurs en janvier que la construction d’une usine de semi-conducteurs et d’une autre dédiée aux cellules solaires n’était même pas encore budgétée dans cette enveloppe prévisionnelle. La consommation de liquidités observée au premier trimestre 2024 avait été perçue comme une simple anomalie pour un groupe habitué à dégager du cash depuis la montée en cadence de la Model 3 en 2017-2018. Les prévisions sont aujourd’hui beaucoup moins optimistes : les analystes s’attendent à ce que Tesla reste déficitaire en termes de flux de trésorerie tout au long de l’année 2026.
Le stockage d’énergie, une dynamique dépendante des grands contrats
Loin des chaînes de montage automobiles, la division dédiée au stockage d’énergie affiche une trajectoire singulière. Ses déploiements ont raté les attentes du premier trimestre d’environ 38 %. Le chiffre d’affaires du segment devrait tout de même frôler une croissance de 30 % sur un an pour s’établir à 3,536 milliards de dollars, d’après les données du London Stock Exchange Group. Contre toute attente, ce faux pas trimestriel n’a pas semé la panique sur les marchés. Le secteur du stockage d’énergie est intrinsèquement volatil, car il repose sur la signature de contrats d’envergure. Les investisseurs ont donc logiquement interprété cet écart comme un simple décalage de calendrier dans la finalisation des accords, plutôt que comme un signal de faiblesse structurelle de la demande.