Le mois de décembre a marqué un tournant inquiétant pour Tesla sur le marché britannique, son plus gros bastion européen. Les immatriculations du constructeur américain se sont effondrées de plus de 29 % par rapport à l’année précédente, tombant à 6 323 unités. Ce revers brutal met en lumière une réalité désormais incontournable : la concurrence féroce des marques chinoises, qui ne cessent de gagner du terrain, commence à ébranler sérieusement la domination de la firme d’Elon Musk.
Sur l’ensemble de l’année 2025, la tendance est tout aussi morose outre-Manche, avec un recul annuel de 8,9 %. Cette dynamique négative n’est pas isolée ; elle fait écho aux difficultés rencontrées ailleurs en Europe, notamment aux Pays-Bas, où les enregistrements de Tesla ont plongé de 27 % en décembre pour atteindre 4 300 véhicules. Les analystes pointent du doigt une gamme vieillissante, une guerre des prix agressive et, dans une certaine mesure, les prises de position politiques controversées de son dirigeant qui semblent refroidir une partie de la clientèle européenne.
L’offensive chinoise redessine le marché
Pendant que le géant américain trébuche, ses rivaux asiatiques affichent une santé insolente. Le contraste est saisissant : BYD, le concurrent chinois direct, a vu ses immatriculations britanniques bondir de près de cinq fois en décembre, atteignant 5 194 unités. Bien que Tesla conserve pour l’instant sa couronne de première marque électrique au Royaume-Uni, l’écart se resserre à une vitesse vertigineuse.
Les données de la Society of Motor Manufacturers and Traders (SMMT) révèlent une percée spectaculaire des constructeurs de l’Empire du Milieu. En décembre, deux marques chinoises se sont hissées dans le top 10 des meilleures ventes au Royaume-Uni : MG, propriété de SAIC, s’est classée deuxième, tandis que BYD a décroché la sixième place. Steve Walker, d’Auto Express, analyse cette mutation avec lucidité : si la transition vers l’électrique ne suit pas le rythme effréné prédit par certains, l’afflux de nouveaux modèles chinois crée une compétition acharnée qui continuera inévitablement de tirer les prix vers le bas.
Pourtant, le marché automobile britannique dans son ensemble se porte bien. Pour la première fois depuis la pandémie, les immatriculations de voitures neuves ont franchi la barre des deux millions en 2025, affichant une croissance de 3,5 %. Mike Hawes, directeur général de la SMMT, nuance toutefois ce tableau en soulignant que si l’adoption des véhicules électriques progresse, le rythme demeure trop lent et les coûts pour l’industrie trop élevés.
Une année noire pour les ventes mondiales
À l’échelle mondiale, la situation financière et commerciale de Tesla suscite de vives inquiétudes. L’entreprise, qui tire encore 75 % de ses revenus de la vente de véhicules électriques, a enregistré en 2025 la plus forte baisse annuelle de son histoire. Avec 1,63 million de livraisons sur l’année, soit une chute de 8,5 % par rapport à 2024, le constructeur s’éloigne de son record de 2023 établi à 1,79 million d’unités.
Le quatrième trimestre n’a pas permis de redresser la barre, avec 418 227 véhicules livrés, un chiffre en deçà des prévisions de Wall Street qui tablaient sur 422 850. Conséquence directe de cet essoufflement : Tesla a cédé son titre de premier fabricant mondial de véhicules électriques à BYD, après avoir rapporté une baisse de ses ventes pour la deuxième année consécutive. C’est la première fois depuis le lancement de la Model S en 2011 que l’entreprise enchaîne des contre-performances d’une telle ampleur.
Déconnexion entre réalité industrielle et valorisation boursière
Malgré ces fondamentaux alarmants, l’action Tesla (TSLA) continue de s’échanger à des niveaux de valorisation astronomiques. Les investisseurs semblent parier massivement sur les promesses futures, notamment le robotaxi autonome « Cybercab » et le robot humanoïde « Optimus ». Si ces projets représentent potentiellement des opportunités historiques pour l’entreprise, ils restent éloignés de plusieurs années d’une commercialisation de masse.
Cette dichotomie entre les espoirs technologiques lointains et la réalité immédiate d’un cœur de métier en souffrance constitue un risque majeur. Alors que la concurrence érode ses parts de marché et que sa croissance s’inverse, les résultats financiers de Tesla pourraient subir une pression significative à court terme. Pour l’année 2026 qui s’ouvre, la prudence est de mise pour les investisseurs, qui paient peut-être aujourd’hui le prix fort pour une entreprise dont le moteur principal montre des signes évidents de faiblesse.