De la séduction du Magic V2 aux ambitions hollywoodiennes du Magic 9 : la mue d’Honor

Il y a cette curieuse manie chez Honor de jouer la montre, un calendrier de sortie à deux vitesses qui a souvent laissé l’Europe sur le banc de touche. Souvenez-vous du Magic V2. Dévoilé en grande pompe à Berlin lors de l’IFA 2023, ce rival direct du Galaxy Z Fold 5 et du OnePlus Open a fait poireauter le Vieux Continent pendant cinq longs mois avant de daigner s’y installer fin janvier 2024. Dans l’arène impitoyable de la téléphonie mobile, cinq mois, c’est une éternité. C’est même largement suffisant pour que la marque dégaine un autre pliant en Chine entre-temps, le Magic Vs 2. On pensait naïvement qu’ils avaient tiré les leçons du lancement calamiteux du Magic Vs, lancé quelques mois seulement avant les mastodontes de la concurrence, mais la stratégie du compte-gouttes a la peau dure.

Le pli de l’élégance à tout prix

Pourtant, le Magic V2 avait de sérieux arguments physiques pour faire oublier ce faux départ. C’était le véritable summer body des smartphones pliants. Avec ses 4,7 millimètres d’épaisseur une fois déplié et un poids plume bluffant en poche, on frôlait la prouesse d’ingénierie. Le design, ouvertement inspiré du Mate X3 de Huawei, abritait deux dalles OLED 120 Hz d’excellente facture (7,9 pouces en interne, 6,4 en externe) et une charnière maîtrisée. Honor avait même le bon goût de fournir une coque avec béquille intégrée, une petite attention bienvenue puisque, radinerie de l’époque oblige, le chargeur brillait par son absence dans la boîte.

Mais ce culte de la minceur avait inévitablement son revers de médaille. Si le Snapdragon 8 Gen 2 et la batterie de 5000 mAh assuraient une partition correcte avec une chauffe très bien contenue et une recharge véloce, la stabilité des performances en prenait un coup lors des sollicitations intenses. Côté photo, le bilan soufflait le chaud et le froid. Le trio de capteurs sortait des clichés globalement convaincants, mais butait sur une plage dynamique étriquée et un autofocus franchement capricieux sur l’ultra grand-angle. Sans parler de cette obstination logicielle irritante à imposer le mode nuit en automatique, ou de l’oubli lunaire d’un micro dédié à la captation vidéo.

Ces compromis faisaient grincer des dents face à une tarification agressive. Facturé 1999 euros pour son unique version musclée (16 Go de RAM, 512 Go de stockage), le Magic V2 se positionnait comme le terminal le plus onéreux de la marque. Il restait certes moins prohibitif qu’un Mate X3 à 2199 euros ou qu’un Z Fold 5 équivalent, mais le OnePlus Open rôdait dans les parages à 1849 euros. La pilule passait heureusement grâce à un matraquage promotionnel de lancement : les offres faisaient chuter l’addition à 1399 euros, avec en prime une enceinte Marshall d’une valeur de 400 euros. De quoi l’aligner sur les flagships traditionnels de l’époque. Son vrai talon d’Achille restait finalement sa pérennité, plombée par une limite fixée à trois maigres années de mises à jour Android.

2026 : Le virage cinématographique

Aujourd’hui, le paysage a changé. L’héritage des lacunes du V2, notamment sur la partie vidéo et logicielle, semble avoir servi d’électrochoc aux ingénieurs de la firme. Alors que nous naviguons dans cette année 2026, les bruits de couloir s’intensifient autour de la prochaine génération. La très attendue série Honor Magic 9, pressentie pour un lancement en octobre prochain, promet de corriger précisément là où le bât blessait.

Fini le bricolage, Honor sort l’artillerie lourde. La marque s’est associée à ARRI, le mythique équipementier allemand dont les caméras et optiques règnent en maîtres sur les plateaux de Hollywood. Ce partenariat prestigieux, officialisé en début d’année lors du MWC 2026, va d’abord s’illustrer sur l’intrigant « Honor Robot Phone » prévu pour le marché chinois en août. Mais c’est bien la gamme Magic 9 qui aura la lourde tâche de démocratiser cette technologie. Elle deviendra la première lignée de smartphones classiques à embarquer l’imagerie ARRI, promettant un bond en avant monumental pour l’enregistrement vidéo de qualité cinéma. L’absence de micro vidéo du V2 semble désormais bien loin.

Cette montée en gamme s’accompagne d’une refonte visuelle audacieuse. Les fuites évoquent l’abandon des écrans incurvés au profit de dalles plates sur l’ensemble des déclinaisons de la série 9. Le langage esthétique s’annonce plus juvénile et dans l’air du temps, tout en s’efforçant de conserver l’ADN business cher au fabricant.

En coulisses, c’est MagicOS 11 qui orchestrera ce renouveau. L’interface logicielle va subir une mise à jour majeure, ciblant ouvertement les utilisateurs pointilleux sur les détails de l’UX. Une évolution nécessaire pour transformer la puissance brute d’un capteur ARRI en un outil intuitif, et peut-être enfin tourner la page des errements logiciels du passé. Reste à voir si, cette fois-ci, le calendrier de sortie européen sera à la hauteur de ces nouvelles ambitions hollywoodiennes.