Jannik Sinner débarque au Mutua Madrid Open avec une dynamique qui frôle l’insolence. Devenu numéro un mondial et récemment sacré sur l’ocre de Monte-Carlo, l’Italien semble intouchable. Pourtant, il sait mieux que personne que la terre battue madrilène est un terrain miné, où les certitudes du début de saison peuvent s’évaporer sous l’effet de conditions climatiques bien spécifiques. S’il veut marquer l’histoire en enchaînant un cinquième titre consécutif en Masters 1000, un exploit entamé à Paris la saison dernière, il devra dompter un environnement qui ne lui a jamais vraiment souri.
Un test de caractère sur l’ocre espagnole
Le défi est avant tout technique. À Madrid, on ne joue pas au tennis comme ailleurs sur terre battue. « C’est un style de jeu très particulier ici », a confié Sinner aux journalistes ce mardi. Entre l’altitude élevée de la capitale espagnole et les rafales de vent capricieuses, le contrôle de la balle devient un exercice d’équilibriste. Pour un joueur dont le jeu repose sur une précision millimétrée, l’adaptation est le maître-mot. Jusqu’à présent, la Caja Mágica n’a pas été son jardin : son meilleur résultat reste un quart de finale, et son historique de six victoires pour deux défaites montre que la marge est étroite.
Cette année, l’enjeu est double. Sinner arrive avec une série impressionnante de 17 victoires consécutives, ayant balayé ses adversaires à Indian Wells, Miami et Monte-Carlo. Chaque tour franchi ici creusera un peu plus l’écart au classement ATP sur son dauphin, Carlos Alcaraz. Malgré cette domination, le prodige de San Candido préfère la prudence, conscient que chaque type de terre battue est une étape de plus dans son apprentissage global.
L’absence des géants et la ferveur locale
Le tournoi doit cependant composer avec des forfaits de taille. L’absence de Novak Djokovic et surtout celle de Carlos Alcaraz, blessé, laisse un vide immense dans le tableau. Sinner lui-même ne s’en cache pas : ne pas voir les deux plus grandes stars du circuit est un coup dur pour la compétition. Il a d’ailleurs pu échanger avec Alcaraz lors de la cérémonie des Laureus Awards lundi dernier, rappelant au passage que leur rivalité sur le court n’entame en rien leur amitié sincère.
Pourtant, l’accueil du public espagnol reste chaleureux pour l’Italien. La connexion entre les tribunes et les joueurs est ici particulièrement intense, un facteur que Sinner juge essentiel pour performer. « Les fans sont passionnés, et c’est ce qui rend ce tournoi spécial », souligne-t-il. Cette bienveillance du public pourrait être le coup de pouce nécessaire pour franchir enfin le cap des quarts de finale.
Une incertitude physique dans un tableau dégagé
Si le parcours théorique de Sinner semble abordable — avec des confrontations potentielles contre Gabriel Diallo, Tommy Paul ou Alex De Minaur avant les demi-finales — une ombre plane sur ses ambitions. Cette semaine, le numéro un mondial a dû écourter une session d’entraînement à cause d’une douleur à l’épaule. Dans un tournoi où l’engagement physique est total, ce pépin pourrait rebattre les cartes. Sinner devra donc gérer son corps autant que ses adversaires, en commençant par son entrée en lice contre un joueur issu des qualifications.
Sabalenka : la reine du « Sunshine Double » à la conquête de la terre
Parallèlement, le tableau féminin attire tous les regards sur une Aryna Sabalenka métamorphosée. Après avoir réalisé le rare doublé Indian Wells-Miami, la Biélorusse arrive à Madrid avec le statut de grande favorite pour Roland-Garros. En s’imposant face à Elena Rybakina et Coco Gauff lors de ses derniers sacres, elle a prouvé qu’elle possédait désormais la solidité mentale nécessaire pour régner sur le circuit WTA.
Alors que les circuits ATP et WTA s’installent pour deux semaines de haute intensité entre Madrid et Rome, la question reste entière : Sinner et Sabalenka parviendront-ils à transposer leur domination des surfaces dures sur l’ocre européen ? Pour l’Italien, le chemin vers le sacre passe d’abord par une victoire contre ses propres démons madrilènes.