André Santini lors d’une cérémonie publique organisée dans les Hauts-de-Seine.

André Santini s’en va, mais l’empreinte qu’il laisse sur Issy-les-Moulineaux reste immense

Certaines figures politiques finissent par se confondre avec la ville qu’elles dirigent. C’est le cas d’André Santini, dont la disparition à l’âge de 85 ans marque un moment particulier pour Issy-les-Moulineaux et pour la vie publique française. Pendant plus de quarante ans, son nom a été associé à celui de cette commune des Hauts-de-Seine, au point que plusieurs générations d’habitants n’ont connu qu’un seul maire.

L’annonce de son décès a suscité une vive émotion dans le monde politique. Au-delà des hommages, elle rappelle surtout la place singulière qu’occupait André Santini dans le paysage institutionnel français. À une époque où les carrières politiques sont souvent plus courtes et plus fragiles, il incarnait une forme de permanence devenue rare.

Lorsqu’il prend les commandes d’Issy-les-Moulineaux au début des années 1980, la ville est encore marquée par son héritage industriel. Au fil des décennies, elle va profondément se transformer. L’arrivée de grandes entreprises, le développement de nouveaux quartiers, la modernisation des équipements publics et l’ambition affichée autour de l’innovation vont progressivement modifier le visage de la commune.

Cette évolution n’est évidemment pas le résultat d’un seul homme, mais André Santini en a été l’un des principaux artisans. Ses soutiens lui reconnaissent une capacité à anticiper les mutations économiques et urbaines. Ils soulignent également son attachement à la gestion locale et sa connaissance très fine du territoire. Même parmi ses adversaires politiques, nombreux sont ceux qui reconnaissent l’importance de son rôle dans le développement d’Issy-les-Moulineaux.

Personnalité atypique, André Santini s’était aussi construit une réputation nationale grâce à son style direct, son humour souvent incisif et sa longévité exceptionnelle. Député, ancien ministre, acteur influent de la vie politique francilienne, il avait su conserver un ancrage local fort malgré ses responsabilités nationales. Cette double dimension a largement contribué à sa notoriété.

Les dernières années de sa carrière ont toutefois été marquées par des débats plus complexes. Son âge avancé, son état de santé et les interrogations sur sa succession occupaient déjà une place importante dans les discussions locales. Sa volonté de poursuivre son engagement politique malgré les difficultés physiques avait nourri des réactions contrastées. Certains y voyaient la preuve d’une détermination intacte. D’autres estimaient qu’une nouvelle génération devait désormais prendre le relais.

Cette question du renouvellement politique prend aujourd’hui une dimension particulière. Avec la disparition d’André Santini, c’est tout un cycle qui s’achève. Une ville qui a longtemps évolué sous son impulsion doit désormais envisager son avenir sans celui qui en a été l’une des figures centrales.

L’enjeu dépasse d’ailleurs largement les frontières d’Issy-les-Moulineaux. Son parcours illustre un modèle politique longtemps présent en France : celui du maire bâtisseur, capable de s’inscrire dans la durée et de transformer profondément son territoire. Ce modèle, parfois admiré pour son efficacité, parfois critiqué pour sa concentration du pouvoir, tend progressivement à devenir plus rare.

L’émotion suscitée par sa disparition reflète aussi cette réalité. Au-delà des appartenances partisanes, beaucoup voient dans le départ d’André Santini la fin d’une génération d’élus dont l’influence s’exerçait sur plusieurs décennies. Son nom restera associé à l’histoire récente d’Issy-les-Moulineaux, tout comme à certaines grandes évolutions de la région parisienne.

Les prochains mois seront naturellement consacrés aux questions de succession et aux choix qui détermineront l’avenir politique de la commune. Mais l’essentiel se situe peut-être ailleurs. La disparition d’André Santini invite à mesurer le chemin parcouru par une ville qui a profondément changé sous ses mandats et à s’interroger sur ce que sera son prochain chapitre.

Pour beaucoup d’habitants, une page se tourne. Pour la vie politique locale, une autre reste désormais à écrire.