Mardi 5 mai 2026, aux abords de Le Boulou, dans les Pyrénées-Orientales, la routine de l’A9 a volé en éclats. Sur la bande d’arrêt d’urgence, au milieu du flux incessant des voitures, des camions et des caravanes en direction de l’Espagne, un homme filait à trottinette électrique. Une image surréaliste qui a laissé les conducteurs sidérés, entre peur et colère.
La scène s’est déroulée peu avant 10 heures. Une passagère, téléphone à la main, a immortalisé le moment : un jeune homme, casqué ou non, guidon en main, progressant sur ce ruban d’asphalte où la vitesse moyenne dépasse largement les 110 km/h. La vidéo et les photos ont rapidement circulé sur les groupes Facebook locaux de automobilistes et motards du Pays catalan. Les commentaires ont fusé : « Le mec est inconscient, sérieux… », « Et s’il se plante, il va râler contre qui ? », ou encore « Il n’a même pas payé le péage, celui-là ! »
Les trottinettes électriques, classées comme engins de déplacement personnel motorisés (EDPM), sont strictement interdites sur les autoroutes et les voies rapides en France. Leur vitesse est bridée à 25 km/h en usage normal, mais beaucoup sont débridées pour atteindre 40, 50 km/h ou plus. Sur l’A9, où les véhicules enchaînent les dépassements et où les poids lourds imposent leur rythme, la présence d’un tel engin relève du cauchemar. Un simple écart, une crevaison, un coup de vent ou une manœuvre d’évitement, et c’est la catastrophe.
La gendarmerie des Pyrénées-Orientales a été immédiatement alertée. Les militaires se sont rendus sur le tronçon concerné, entre Le Boulou et la frontière espagnole, mais l’individu avait déjà disparu. Pas d’interpellation, pas de véhicule saisi. L’homme court toujours, avec au minimum une amende de 135 euros pour circulation sur une voie interdite, sans compter les éventuelles sanctions pour défaut d’assurance, absence d’équipement ou vitesse excessive si l’engin était modifié.
Ce genre d’incident, aussi isolé qu’il paraisse, révèle une faille inquiétante. Les autoroutes françaises sont conçues pour des flux rapides et denses : glissières de sécurité, distances de freinage calculées pour des vitesses élevées, absence de voies lentes adaptées aux engins légers. Introduire un usager vulnérable à 25 km/h dans ce décor, c’est multiplier les risques par cent. Les autres conducteurs, concentrés sur leur trajectoire, n’ont souvent que quelques secondes pour réagir. La peur au volant devient palpable : on klaxonne, on double à distance, on filme en se demandant si ce n’est pas une hallucination.
Au-delà de ce cas précis, la multiplication des trottinettes – parfois puissantes et mal maîtrisées – pose la question de la prévention et du contrôle. Les forces de l’ordre multiplient les opérations contre les engins débridés en ville, mais sur les grands axes, la traque reste complexe. Comment repérer à temps ces imprudents qui s’engagent parfois par ignorance, parfois par défi pur ? Les caméras de surveillance et les témoignages des usagers aident, mais ils ne remplacent pas une présence dissuasive constante.
Les réactions sur les réseaux sociaux traduisent un mélange explosif de stupeur et d’exaspération. Beaucoup y voient le symbole d’une société où l’irresponsabilité individuelle prend le pas sur le bien collectif. « On respecte plus rien », lâche un chauffeur routier habitué du trajet. D’autres s’inquiètent pour leurs enfants : « Imaginez si mes gamins voient ça et pensent que c’est possible. » La colère monte aussi contre un système perçu comme laxiste : verbalisations trop rares, contrôles insuffisants aux entrées d’autoroute, et une impression que certains se croient au-dessus des règles.
Cet épisode rappelle cruellement que la sécurité routière ne se limite pas aux grands accidents médiatisés. Elle se joue aussi dans ces micro-événements qui, un jour ordinaire, peuvent basculer en drame. L’A9, axe stratégique vers l’Espagne, connaît déjà son lot de bouchons, d’accidents et de tensions, surtout en période de ponts et de vacances. Ajouter de la vulnérabilité gratuite à cette équation fragile, c’est jouer avec le feu.
Au final, cet homme à trottinette n’a peut-être pas mesuré les conséquences de son geste. Mais les automobilistes qui l’ont croisé, eux, ne sont pas près d’oublier cette vision absurde. Elle interroge : jusqu’où ira-t-on dans l’individualisme routier ? Et surtout, combien de temps faudra-t-il attendre avant qu’un tel comportement ne se termine en tragédie évitable ? Les gendarmes restent vigilants, mais la responsabilité première reste celle de chacun derrière un guidon ou un volant.
