Alexis Pinturault vient de recevoir un coup au cœur. Maurice Adrait, affectueusement surnommé « Momo », s’est éteint à l’âge de 72 ans des suites d’un accident cardiaque. Pour le champion savoyard, tout juste retraité après une carrière hors norme, cette disparition arrive comme un adieu particulièrement douloureux à une figure qui a incarné la bienveillance et la fidélité dans l’ombre des plus grands succès du ski tricolore.
Dans le petit univers du ski alpin français, Maurice Adrait n’était pas une vedette des podiums, mais il était partout où il fallait. Originaire de la Maurienne, coach à La Toussuire, il avait ensuite rejoint la Fédération française de ski comme entraîneur, notamment auprès de Carole Merle, avant de devenir un pilier en tant que responsable presse et chaperon. Toujours présent dans les raquettes d’arrivée, avec son sourire communicatif et sa longue silhouette, il veillait sur les athlètes comme un oncle attentif, un confident, un grand frère. Jean-Baptiste Grange, Tessa Worley ou encore Alexis Pinturault ont tous bénéficié de cette présence rassurante qui allait bien au-delà des simples fonctions officielles.
Pour Pinturault, Momo représentait bien plus qu’un membre du staff. Celui qui avait accompagné ses premiers pas sur le circuit mondial jusqu’à ses derniers titres, dont le gros globe de cristal en 2021, incarnait cette chaleur humaine si précieuse dans un sport exigeant et souvent solitaire. Les moments partagés, les encouragements discrets au pied des pistes, les taquineries bienveillantes après une belle performance : tout cela tissait un lien unique, presque familial. Quelques mois seulement après avoir raccroché les skis à Hafjell en Norvège, à 35 ans, le Savoyard voit disparaître un repère affectif majeur au moment où il entame sa nouvelle vie loin de la compétition.
Cette perte intervient à un moment symbolique. Alexis Pinturault, recordman français des victoires en Coupe du monde, double champion du monde de combiné et figure incontournable de sa génération, a longtemps porté le ski français sur ses épaules. Polyvalent exceptionnel, mental d’acier malgré les blessures, il a traversé une carrière faite de triomphes et de défis. Sa retraite, annoncée plus tôt cette année à Courchevel, marquait déjà la fin d’une époque glorieuse. La disparition de Momo renforce ce sentiment de transition, rappelant que derrière les chronos et les médailles, ce sont les relations humaines qui donnent tout leur sens à un parcours d’athlète.
Momo était ce personnage haut en couleur, toujours prêt à chouchouter « ses » skieurs, à les protéger, à partager leurs joies comme leurs difficultés. Sa passion pour la Maurienne et pour le ski tricolore ne s’est jamais démentie. Même après sa propre retraite, il continuait à suivre avec enthousiasme les performances de tous, des jeunes talents locaux jusqu’aux stars comme Pinturault. Ses réactions expressives au bord des pistes avaient souvent illuminé les retransmissions télévisées, apportant une touche d’humanité au spectacle de la vitesse et de la technique.
Pour la grande famille du ski français, cette disparition marque la fin d’une ère. La génération Pinturault-Grange-Worley perd un de ses piliers invisibles, de ceux qui apportent la stabilité émotionnelle nécessaire pour performer au plus haut niveau. Dans un milieu où la pression est constante et les blessures fréquentes, des figures comme Momo offraient ce mélange rare de soutien inconditionnel et de légèreté. Pinturault, désormais papa et tourné vers d’autres horizons, ressent sans doute ce vide avec une acuité particulière : après avoir fermé la porte de la compétition, un autre chapitre se referme, celui des mentors qui ont construit son histoire.
Les hommages affluent de tous côtés, soulignant la générosité et la passion de cet homme profondément attaché aux athlètes. Dans la communauté savoyarde et au-delà, on se souvient d’un accompagnateur fidèle, capable de messages enthousiastes après une victoire aux championnats de France comme après une course ordinaire. Cette fidélité rare dans le sport de haut niveau touche particulièrement en cette période de transition pour Alexis Pinturault.
Au final, la disparition de Maurice Adrait rappelle que les plus belles carrières se construisent aussi sur des liens invisibles. Pinturault a souvent évoqué l’importance de son entourage pour surmonter les épreuves. Momo en faisait partie intégrante. Son héritage dépasse largement ses titres officiels : il laisse l’image d’un ski plus humain, plus chaleureux.
Quelle trace ce duo si particulier laissera-t-il dans la mémoire collective du ski français ? Une chose est sûre : sur les pistes de La Toussuire comme à Courchevel, l’esprit de Momo continuera d’accompagner ceux qui ont eu la chance de le croiser. Et pour Alexis Pinturault, ce départ marque sans doute le début d’une nouvelle réflexion sur la transmission de cette flamme si particulière.
