Pendant des années, il a incarné l’un des visages les plus familiers — et paradoxalement les plus discrets — de l’information publique. Pas une star à scandales, pas un animateur omniprésent, mais une figure rassurante du journal télévisé. Et pourtant, en coulisses, l’histoire de Nathanaël de Rincquesen semble aujourd’hui se terminer dans une ambiance lourde, presque silencieuse. Après plus de trente ans au sein de France Télévisions, le journaliste fait l’objet d’une procédure de licenciement qui secoue le monde des médias bien au-delà d’un simple mouvement interne.
La nouvelle, révélée par plusieurs médias spécialisés, a immédiatement provoqué des réactions étonnées dans les rédactions et chez les téléspectateurs fidèles du 13 Heures de France 2. Nathanaël de Rincquesen doit être reçu lors d’un entretien préalable le 15 mai, avant un départ programmé pour le 22 août. Une sortie qui ressemble moins à une retraite assumée qu’à une éviction progressive devenue impossible à cacher.
Ce qui trouble autant dans cette affaire, ce n’est pas uniquement la brutalité symbolique du moment. C’est aussi le profil du journaliste concerné. Pendant seize ans, Nathanaël de Rincquesen a assuré le rôle stratégique de joker du 13 Heures, remplaçant notamment Élise Lucet puis Julian Bugier avec cette sobriété très “service public” qui a longtemps fait la marque de fabrique de France Télévisions. Il avait aussi présenté Télématin avant d’être redirigé ces dernières années vers la chaîne franceinfo et l’émission INAttendu.
Mais derrière cette trajectoire linéaire se cache une réalité plus fragile. En 2019, le journaliste avait été victime d’un AVC. À l’époque, son témoignage avait profondément marqué les téléspectateurs : il racontait sans détour la peur, la rééducation, le rapport différent au temps et au travail après un accident de santé aussi violent. Beaucoup imaginaient alors que France Télévisions protégerait durablement l’un de ses visages historiques. Or, plusieurs observateurs décrivent aujourd’hui l’inverse : une réduction progressive de son exposition à l’antenne, des missions moins visibles, puis un isolement de plus en plus évident.
C’est là que le dossier devient particulièrement sensible. Car en interne, certains syndicats voient dans ce licenciement bien plus qu’une simple réorganisation éditoriale. Nathanaël de Rincquesen avait été élu représentant du personnel avec le soutien de Force Ouvrière. Son implication syndicale et sa présence dans certaines discussions sociales auraient, selon plusieurs sources relayées dans la presse spécialisée, tendu ses rapports avec une partie de la direction. Officiellement, aucune sanction liée à cet engagement n’est évoquée. Mais le calendrier nourrit les sous-entendus : fin de protection liée au mandat, disparition progressive de ses fonctions à l’antenne, puis procédure de départ.
Cette dimension politique explique pourquoi l’affaire dépasse largement le cas individuel. Dans les couloirs du service public, beaucoup y voient le symptôme d’un changement plus profond. Depuis plusieurs années, Delphine Ernotte pilote une transformation importante du groupe : réduction des coûts, adaptation numérique, renouvellement des incarnations antenne, fusion des rédactions et recherche d’un public plus jeune. Officiellement, il s’agit de moderniser le service public audiovisuel. Mais pour certains salariés, cette modernisation ressemble de plus en plus à une mise à l’écart méthodique des figures historiques devenues moins “rentables” ou moins compatibles avec la nouvelle culture managériale.
Le cas Nathanaël de Rincquesen cristallise précisément ce malaise. Parce qu’il ne correspond pas au cliché du présentateur star surpayé ou déconnecté. Son image publique reste celle d’un journaliste sérieux, apprécié pour sa stabilité et son absence d’ego médiatique. Ce profil rend son départ encore plus dérangeant pour une partie du public. Beaucoup se demandent ce que devient la notion de fidélité dans un paysage audiovisuel désormais obsédé par la vitesse, les audiences numériques et les incarnations plus “bankables”.
Sur les réseaux sociaux, les réactions oscillent entre tristesse et colère froide. Certains internautes dénoncent une forme d’ingratitude envers un journaliste ayant traversé un AVC tout en restant fidèle au groupe. D’autres y voient une illustration brutale de l’évolution du métier : dans les médias modernes, même trente ans de maison ne garantissent plus aucune sécurité symbolique.
En réalité, ce licenciement touche quelque chose de plus profond que le simple départ d’un présentateur. Il raconte peut-être la disparition progressive d’une certaine idée du service public télévisé : des journalistes installés dans le temps long, identifiés par leur sérieux plus que par leur viralité. Nathanaël de Rincquesen ne faisait pas “le buzz”. Il rassurait. Et c’est peut-être précisément ce qui semble aujourd’hui devenu insuffisant.
Reste désormais une question que beaucoup se posent en interne sans toujours oser la formuler publiquement : après avoir discrètement écarté plusieurs figures historiques ces dernières années, jusqu’où France Télévisions est-elle prête à aller pour transformer son image… et à quel prix humain ?
