De la force brute à l’artisanat millimétré : les deux visages de l’extrême chez BMW

La division Motorsport n’a jamais vraiment fait dans la dentelle, et la Série 8 passée entre leurs mains en est la preuve vivante. Rebaptisée M8 Competition, le grand coupé bavarois s’est mué en une véritable catapulte roulante, imposant ses propres règles sur l’asphalte. Esthétiquement, le ton est donné d’entrée de jeu avec un kit carrosserie particulièrement bestial : bouclier avant percé d’entrées d’air gargantuesques, toit en fibre de carbone pour alléger la bête, et un diffuseur arrière qui encadre une double sortie d’échappement bien sentie. Dans l’habitacle, on nage dans une opulence assez frappante. C’est l’univers du luxe qui prédomine, même si les imposants sièges M Sport et les inserts en carbone omniprésents autour du levier de vitesses viennent nous rappeler qu’on n’est pas simplement là pour cruiser sur la corniche.

Car le gros du spectacle se passe évidemment sous le capot. La M8 Competition planque un V8 4.4 litres biturbo qui crache ses 625 chevaux pour 750 Nm de couple. Associé à la boîte automatique M Steptronic à 8 rapports, ce bloc propulse les deux tonnes de l’engin à 100 km/h en 3,2 petites secondes, le cabriolet concédant à peine un dixième sur le même exercice. Le vrai tour de force technique réside dans la transmission intégrale M xDrive débrayable. Comme sur la M5, il suffit de manipuler l’électronique pour envoyer toute la cavalerie sur les roues arrière, transformant ce monstre d’efficacité en pure propulsion pour les amateurs de gomme brûlée. À l’époque de son lancement en septembre 2019, la facture piquait déjà fort : 173 000 euros pour le coupé et 181 000 euros pour rouler cheveux au vent, sans compter le pack spécifique permettant de faire sauter la bride électronique de 250 km/h pour accrocher les 305 km/h.

Si la M8 incarnait l’exclusivité par la brutalité mécanique, la marque munichoise explore aujourd’hui un tout autre pan du luxe extrême pour ses futurs modèles, où le chronomètre cède sa place à la patience de l’artisan. Prenez la future Série 7 millésime 2027. BMW vient d’y introduire un concept de peinture bicolore « Individual » qui relègue les standards de l’industrie automobile au rang de simple travail à la chaîne. On parle ici d’une immobilisation de plus de 75 heures en atelier de peinture. Pratiquement une éternité à l’échelle d’une ligne d’assemblage.

L’idée est d’associer une finition mate sur la partie basse de la carrosserie à un traitement métallisé appliqué manuellement sur la partie supérieure. Une « Coach Line », elle aussi tracée au pinceau avec une précision chirurgicale, vient séparer les deux mondes pour un rendu d’une élégance absolue. Ce qui bluffe le plus dans cette histoire, c’est l’absence totale de démarcation au toucher entre ces deux chimies de peinture pourtant radicalement différentes. Il aura fallu pas moins de deux ans et demi de développement en laboratoire pour mettre au point cette technologie complexe, qui reste pour le moment l’apanage exclusif de l’usine de Dingolfing.

Ce processus de haut vol mobilise une vingtaine de techniciens hyper-qualifiés qui se relaient sur douze étapes de préparation. Du ponçage minutieux de la tôle au masquage intégral réalisé à la main, le travail humain représente près de la moitié du temps total de cette opération titanesque. C’est presque six fois plus long qu’une mise en peinture classique. Forcément, cette dinguerie esthétique a un prix, et pas des moindres. Facturée aux alentours de 16 400 dollars outre-Atlantique, soit plus de 10 % du prix d’appel de la berline elle-même, cette option a probablement coûté des sommes à sept ou huit chiffres en recherche et développement.

Bien sûr, le bicolore existe ailleurs, un Rav4 ou certaines productions Bentley Mulliner pour Rolls-Royce l’ont déjà exploré, mais l’intégration mate et brillante à ce niveau de fluidité est une première. Les pontes de la marque prévoient d’ailleurs d’exporter ce savoir-faire vers l’usine américaine de Spartanburg, en Caroline du Sud, pour l’étendre prochainement à d’autres mastodontes de la gamme. Les premières Série 7 « Dual-Finish » tomberont des chaînes dès le mois de novembre. Un petit conseil toutefois pour les futurs acquéreurs qui auraient les reins assez solides pour signer le chèque : oubliez définitivement les rouleaux de lavage. Le vernis mat exigeant des cires et des savons ultra-spécifiques, ce serait quand même dommage de ruiner 75 heures d’orfèvrerie en un malheureux passage au lavomatic.